Perspective

Dépistage de l’ACE - Utile dans la souscription en vie et en santé ?

June 29, 2020| By Dr. Thomas Ashley | L/H General Industry | Français | English

Certains assureurs ont ajouté le test sanguin de l’antigène carcino-embryonnaire (ACE) aux examens de laboratoire pour les demandes d’assurance vie/santé, et certains de nos clients américains demandent conseil pour savoir s’ils doivent adopter ce test. Chaque test a des répercussions dont il faut tenir compte, et l’ACE en est un excellent exemple, avec des résultats tant positifs que négatifs.

La raison d’être du dépistage de l’ACE est simple : un bon outil de détection du cancer pour renforcer la souscription. Le seul outil de souscription qui détecte le cancer sont les PSA chez les hommes à partir de 50 ans. En raison des capacités limitées en adhésion pour dépister les tumeurs malignes, les sinistres pour pathologie cancéreuses prédominent au cours des cinq premières années des polices d’assurance. La promesse d’un test de dépistage de l’ACE s’inscrit dans le fait que certains cancers expriment l’ACE. Les recherches d’un laboratoire d’assurances ont démontré qu’un ACE augmenté était associé à une mortalité très élevée parmi les candidats à l’assurance. Bien que l’ACE soit coûteux, notre analyse de la valeur protectrice de ce test en sélection prouve clairement des points d’équilibre pratiques.

Fin de l’histoire ? Non. À plus d’un titre, nous considérons que le dépistage de l’ACE est une mauvaise stratégie. Examinons d’abord les implications des tests de dépistage et ce qu’il advient du candidat obtenant un résultat anormal.

Implications pour les assureurs

Chaque test de dépistage augmente immédiatement le coût des examens à l’entrée dans l’assurance du prix du test. Le nouveau test crée des distinctions entre des candidats par ailleurs identiques mais non testés. Un test comme l’ACE qui identifie un risque de mortalité important entraîne le refus du dossier. Il y a donc une baisse des primes car moins de candidats se qualifient pour une proposition d’assurance.

Un coût d’adhésion plus élevé avec des primes plus faibles n’est pas intéressant financièrement. Pourquoi filtrer, après tout ?

L’argument le plus fort en faveur d’un dépistage est d’éviter l’antisélection. Les PSA sont un bon exemple de test de dépistage valable, car de nombreux candidats connaissent leur valeur de PSA, et nous devrions la connaître également. L’ACE est un test bien différent. Certaines personnes, en raison d’un cancer connu ou même de vagues inquiétudes quant à leur santé, vont constituer de l’anti-sélection. On pourrait les dépister avec le dépistage de l’ACE, mais pas très efficacement. Même dans le cas du cancer du côlon, où l’association avec l’ACE est la plus forte, la sensibilité ne dépasse pas les 50 %. Cela signifie que la moitié des patients atteints d’un cancer du côlon ont une valeur d’ACE normale.1

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Les pratiques concurrentielles peuvent créer un autre type d’antisélection. Si des concurrents testent l’ACE, la compagnie qui n’a pas fait de dépistage du même ordre voit arriver des candidats refusés par la concurrence.

Enfin, une motivation que de nombreux clients ont citée en faveur du dépistage de l’ACE porte sur la baisse de la mortalité. Malgré l’augmentation des coûts et la diminution des primes, l’ACE est capable de réduire suffisamment la mortalité pour dégager une plus-value. La baisse de la mortalité fonctionne en maintenant une prime constante tout en améliorant la rentabilité. Si, au contraire, on réduit la prime de base, on a refusé alors des demandes qui aboutissaient à des adhésions, pris le reste avec une prime moins élevée et augmenté le coût d’acquisition. Peut-on dès lors obtenir suffisamment de nouvelles adhésions à un prix inférieur pour y trouver son compte ?

Implications pour les candidats

Tous les tests créent cette dynamique pour la prime, les coûts et le bénéfice. Le dépistage de l’ACE génère cependant une répercussion totalement différente pour le candidat, si potentiellement nuisible que ce seul point prône en défaveur de ce test.

Imaginons seulement le message de l’assureur au candidat refusé à cause d’un ACE élevé. Est-il suffisant de conseiller une consultation avec un médecin ? Ce conseil devrait-il mentionner le cancer ? Qu’allez-vous proposer en matière de réexamen ? Il faut également tenir compte de la responsabilité et de la mauvaise presse que l’assureur pourrait avoir avec pareille communication.

Par exemple, le premier commentaire du médecin du candidat serait probablement que l’ACE n’est pas un test de dépistage approprié et que la compagnie d’assurances n’aurait pas dû le tester. Le médecin devrait ensuite lui expliquer qu’il peut s’agir d’un cancer du côlon ou d’un autre type de cancer, mais aussi que cela pourrait tout aussi bien être sans importance. La seule issue facile pour le médecin est de répéter le test jusqu’à un résultat normal. Ce n’est rien d’autre qu’une perte de temps et d’argent, sans compter la grave perte de sommeil du client qui attend le résultat du second test. Du reste, la confirmation d’un ACE anormal fera bien plus de dégâts. En effet, il devra s’en suivre une série d’investigations coûteuses, invasives et chronophages, incluant notamment une coloscopie et de multiples examens d’imagerie.

La seule conséquence positive pour l’assureur réside dans la possibilité d’une détection précoce et d’un traitement à l’issue favorable pour une maladie potentiellement mortelle. Dans ce cas de figure, le client peut faire l’éloge de l’assureur pour un test qui lui aura sauvé la vie. Mais ce n’est probablement pas l’issue la plus courante. Le pire scénario est celui qui rend le dépistage de l’ACE inacceptable sur le plan clinique et devrait dissuader les assureurs : après la batterie de tests, tout semble normal, sauf l’ACE. En l’espèce, le message est le suivant : le client a probablement une maladie grave et le médecin ne parvient pas à la trouver. Le client n’a plus qu’à rentrer chez lui et s’inquiéter jusqu’à ce que des symptômes se développent, simplement à cause d’une exigence pour la souscription.

Tous les tests d’assurance soulèvent certaines caractéristiques de ce problème. Les études sur la valeur de protection ou les analyses coûts/bénéfices induisent en erreur lorsque le cadre est trop étroit. Un conseil donc : veillez à examiner toutes les répercussions potentielles d’un changement de stratégie au niveau des tests.

Notes de bas de page

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26700203.

 

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